Quatre jours d’orientation à Moscow (Idaho)

Pendant mon petit-déjeuner à l’hôtel de Spokane airport, assis au milieu d’une vingtaine de Mormons, je passe en revue ce que nous avons découvert sur les Etats-Unis au cours de cette semaine d’orientation. Nous, ce sont 67 lauréats de la bourse Fulbright, venant de 40 pays différents. Jordanie, Nicaragua, Brésil, Nouvelle-Zélande, Ukraine, Hongrie, Afrique du Sud, etc. Pas une région du monde qui ne soit représentée. Même le voisin Canadien est là, beaucoup plus familier que nous des us et coutumes étasuniens. Avant de commencer nos programmes respectifs, nous avons été invités par l’Institut International of Education à passer une semaine à Moscow (!), Idaho, pour être sensibilisés à la culture américaine et aux objectifs du programme Fulbright.

Etudiant à Seattle, je fais figure de voisin alors que le reste des étudiants s’envolera loin du Pacific Northwest : en Californie, dans le Michigan, à New York, Boston, à Minneapolis, et j’en passe. Je range soigneusement la pochette d’informations reçue le premier jour, où est notamment détaillé notre agenda, riche en workshops et conférences. Et alors que le retard affiché pour mon avion ne cesse d’augmenter sur l’écran de l’hôtel, je prends conscience de la chance incroyable que j’ai eu d’avoir participé à ce programme.

D’abord, je crois n’avoir jamais rencontré auparavant autant de personnes venant de pays différents. Alors que certains dénoncent le nombrilisme américain, ce programme financé à moitié par le gouvernement des USA m’apparaît comme un formidable message de solidarité internationale. Au cours de cette semaine, j’ai finalement plus parlé du conflit ukrainien, des tensions entre Corées du Nord et du Sud et de la violence urbaine en Afrique du Sud que des Etats-Unis. Nous apprenons nos différences et nous nous retrouvons sur une multitude de valeurs. Impossible de ne pas se montrer optimiste sur l’avenir mondial en réalisant que nous partageons nombre de rêves et de projets. A la fin du séjour, chacun de nous prévoyait de multiples voyages pour rendre visite aux uns et aux autres. Certains participants ont distribué des cadeaux de leur pays, après avoir posé des questions concernant celui-ci (il fallait bien mériter ses cadeaux !). Je regrettais de ne pas avoir apporté des cadeaux de France, et puis me ravisais en me rappelant le combat à l’aéroport pour ne pas payer de surplus bagages… Je pense cependant rapporter des produits français à Noël, que je donnerai au gré des rencontres, pour laisser une trace de ma culture.

Au dîner final, tout le monde a chaleureusement remercié Lubia, l’organisatrice du Gateway, chacun dans sa propre langue. Sans exagérer, je crois que beaucoup avait les larmes aux yeux tant nous étions charmés par la beauté des langues. Pour ma part, je veux vraiment apprendre le Polonais et le Russe maintenant ! Aux divers remerciements ont succédé les danses, chacun s’empressant de demander une chanson venant de son pays. La qualité musicale n’était pas du tout un critère ; nous préférions choisir des morceaux faciles à partager. Ainsi, je confesse avoir dansé sur « Ces soirées-là », touché que l’ensemble des Fulbright crie « En haut ! En bas » avec enthousiasme. Toutes ces rencontres n’auraient pas été possibles sans le programme Fulbright, dont les organisateurs ont pris soin de réunir des profils très différents pour ce Gateway, en ce qui concerne les nationalités comme des études et des projets.

Ensuite, les organisateurs du Gateway Fulbright, et en particulier sa donc très sympathique directrice Lubia, avaient préparé des ateliers et des workshops variés. Alors que la ville de Moscow était couverte de fumée à cause des feux historiques dans les Etat de Washington et d’Idaho, nous prenions place dans de grandes salles de conférences pour écouter les orateurs plus ou moins intéressants. Etats-Unis obligent, nous grelottions dans les salles surclimatisées malgré la température élevée à l’extérieur. La séance sur la vie politique américaine, assurée par un professeur de sciences politiques, Brian Ellison, était passionnante. Celui-ci nous a notamment expliqué que les Etats-Unis avait plus que jamais besoin d’une nouvelle constitution, mais que cela n’arrivera sans doute jamais à cause de l’idéalisation des pères fondateurs et de la stabilité juridique. « Comprendre la culture académique américaine » et « Présenter ses recherches » ont offert des éclairages très intéressants sur la vie des départements au sein des universités américaines.

D’autres ateliers, comme « méditation », « dessin » ou « tenir un journal » étaient plus divertissants, mais très utiles pour bien préparer l’année. En revanche, la très américaine séance sur le leadership s’est heurtée à nos différences culturelles. Très peu ont réussi à prendre au sérieux cet atelier, preuve que les Etats-Unis faisaient véritablement figure d’exception dans le domaine du Management & Leadership. Je n’ai jamais pu me positionner sur les axes panda/grizzli et concombre/piment de manière à connaître précisément mon caractère. Si nous avons eu du mal à jouer le jeu, nous avons cependant mieux compris d’où venait la confiance en soi des Américains et leur valorisation permanente. Ainsi, chaque orateur était précédé par une biographie de cinq minutes et des salves d’applaudissements. De même, les ateliers sur « les relations interpersonnelles appropriées » ont souligné la peur des interdits aux Etats-Unis. Il nous a été rappelé que tout ou presque pouvait faire l’objet d’un procès et que nous devions faire particulièrement attention à notre comportement avec les Américains : certains sujets ne doivent pas être abordés, on ne doit pas toucher les gens, etc.

Enfin, le temps libre que nous avions pendant cette semaine a été utilisé à très bon escient ! Visite du campus (avec les fameuses immenses maisons de fraternités et sororités), concert live dans un bar du centre-ville de Moscow (entre country et rock), tournoi de beer-pong (en tant que spectateur !), etc. Les discussions avec des locaux nous ont rappelé que les Etats-Unis étaient bel et bien une union de différents Etats, avec chacun leur culture propre, et que les généralisations, sur de nombreux points, étaient pure chimère. Les généralisations sur certaines régions des Etats-Unis, elles, étaient permises, et même conseillées. Le type « Midwest » en a pris pour son grade au cours des conversations que nous avions eues. Le batteur cool du groupe de musique nous assénait que l’Américain qui votait Bush et se rendait tous les jours au volant de son gros pick-up au Wallmart, c’était l’habitant du Midwest. Je me suis fait la promesse de visiter cette région des Etats-Unis pour voir de mes propres yeux ces figures de mythologie. Peut-être même louerai-je mon propre pick-up pour la visite.

Nous avons également fait une petite virée en bateau sur la River Snake, dans le Hell’s Canyon. Ce Canyon est le plus profond d’Amérique du Nord ! Il faut dire que la profondeur sous l’eau est la plus importante, si bien que, sur le bateau, ce n’était pas si impressionnant… Nous avons vu des biches et des loutres jouant dans le fleuve : où l’on a pu constater que les loutres sont extrêmement populaires dans tous les pays du monde ! La région à cheval entre les Etats d’Idaho et Washington est appelée Palouse, et s’apparente à un océan de collines (cf picture). Surtout, cette excursion et le temps libre ont été l’occasion de discuter avec un maximum de personnes, et j’espère avoir échangé au moins deux phrases avec l’ensemble des participants.

Palouse
Palouse

En conclusion, je conseille à tous les futurs Fulbright de participer à un Gateway Fulbright. Jamais je n’ai rencontré des profils si variés, et tant appris des différentes cultures. J’ai été également heureux de constater que de nombreuses personnes avaient des prénoms français (pour la beauté des sonorités !), avaient voyagé en France, y avaient habité, ou parlaient le Français. Preuve que les divers problèmes français relatés dans la presse n’ont pas encore tout à fait écorné son image, et j’espère contribuer à redorer cette image. Cette semaine avec d’autres étudiants Fulbright a renforcé ma volonté de voyager dans leur pays d’origine et d’entamer de nouvelles discussions. Les USA dans tout ça ? Cette semaine m’a permis de les comprendre mieux, à défaut de commencer à apprécier leur café – trop dilué – et leur nourriture – trop riche (nous nous y mettions à trois pour finir une assiette de dessert). Les qualités et défauts de ce pays, constamment dans l’exagération et le spectacle, sont les meilleurs stimulants pour la pensée. Je finis d’écrire ce billet dans mon avion vers Seattle. Avions dans lequel nous sommes… deux passagers. L’hôtesse de l’air nous demande de prendre une photo pour immortaliser le moment. Cela me rassure : les avions avec deux passagers sont un événement rare. Deux passagers. Exagération, avais-je dit ? Me voilà engagé dans une réflexion sur les ressources, les voyages et la responsabilité individuelle pour le transport. J’ai une heure et demi pour cela. Merci les Etats-Unis. Et merci Fulbright.

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